"Less is More" ou la nécessité de consommer autrement?

Utopie ou réalité? / 24.04.2020 – Par Gaëlle Borgeaud
Quand l’accès aux biens de consommation devient, à l’échelle globale, une problématique vitale ; quand la différence entre biens de première nécessité et besoins superflus prend tout son sens. L’ensemble de l’humanité prendra-t-elle conscience que moins peut signifier mieux ?
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© Instagram @joshuafieldsmillburn

A l’heure de profondes remises en question sur fond de COVID-19, beaucoup découvrent un nouveau mode de vie. Notre société basée sur le principe de liberté, dont celle fondamentale du mouvement, doit se réinventer. 

 

Utopie ou réalité? Zestissime s’interroge. 

 

Morceaux choisis des dernières news en la matière.

 

Il y a quelques années, le mouvement « Less is More » était principalement lié au développement personnel, un public en quête de soi. Une démarche individuelle centrée sur le bien-être, la recherche de l’épanouissement. Un nouveau lifestyle où l’art de l’essentiel était un pied de nez à l’abondance, une manière de se désencombrer des biens matériels, mais aussi de relations toxiques. 

On y prônait parfois un certain retour en arrière; une nostalgie du passé et d’un mode de vie plus proche de son environnement. Il fallait être prêt à sacrifier nombres d’évolutions domestiques technologiques pour y adhérer. Résultat : un club d’happy fews bohème dans lequel une majorité ne se reconnaissait pas.

 

 

Depuis quelques années, la tribu minimaliste a été rejointe par des consommateurs engagés, ou conscious consumers. L’activité industrielle a profondément endommagé notre planète, épuisant ses ressources deux fois plus vite que le temps nécessaire à les (re)générer. Comment sortir de cette consommation compulsive, ou travailler plus pour dépenser plus est l’unique moyen d’atteindre le bonheur ou la réussite? Une philosophie essentiellement basée sur le principe de possession dont notre environnement est la victime collatérale.

© Instagram @Vanessa Hong

Et si la situation sanitaire actuelle avait le mérite de nous mettre face à une phase de « régime forcé », quels que soient nos origines et notre milieu social, et nous démontrer que nos actes d’achat dit « plaisirs » sont souvent impulsifs et liés à des habitudes enracinées mais superflues? 

 

Et si les semaines de confinement pour lutter contre la pandémie COVID-19 étaient un test à l’échelle globale pour repenser sa manière de consommer en 2020 et pour la prochaine décennie?

Mais repenser la consommation au printemps 2020, qu’est ce que cela veux dire? 

 

Plusieurs « coachs » ont développé les principes du lifestyle minimalisme. Que ce soit sous forme de documentaires (le dorénavant célèbre « Minimalism: A Documentary About The Important Things » sur Netflix), de livres (« Goodbye, Things: On Minimalist Living » de Fumio Sasaki ), de TED Talks ou des sites web lifestyle, souvent partenaires de marque(s). 

 

Un parallèle intéressant est celui qu’on peux tirer entre les valeurs du minimaliste – proche du consom’acteur – et la transformation d’un modèle économique linéaire à une approche circulaire.  On y voit une claire résonance entre les nouvelles attentes d’une société en pleine prise de conscience de son impact écologique et d’entreprises qui veulent produire différemment.

  

© Instagram @onceuponaminimalist

Du coté du consommateur, de plus en plus de ménages revoient leurs habitudes. L’acte d’achat est moins spontané et irréfléchi. 

La méthode Bisou, imaginée par les auteures de « J’arrête de surconsommer – 21 jours pour sauver la planète et mon compte en banque » (Eyrolles, mars 2017) est un excellent exemple de ces nouveaux réflexes pré-consommation. 

 

BISOU = “B” comme “besoin” (à quel besoin cet objet correspond-il ?) ; “I” comme “immédiat” (dois-je me le procurer immédiatement ?) ; “S” comme “semblable” (en ai-je déjà des semblables ?) ; “O” comme “origine” (dans quelles conditions a-t-il été confectionné ?) ; et “U” comme “utile” (me sera-t-il vraiment utile ?). 

Parallèlement, les entreprises adoptent elles aussi de plus en plus un modèle économique circulaire qui commence à prendre en considération certaines attentes des consommateurs. Il ne s’agit plus de produire pour générer uniquement un bénéfice financier, mais de prendre en compte d’autres facteurs environnementaux, sociétaux et éthiques dans la conception, production, distribution et fin de vie d’un produit. 

 

L’économie circulaire est aussi un terreau d’innovations et d’opportunités pour réinventer l’écosystème de consommation, notamment grâce aux avancées technologiques et au monde digital.  

notre verdict

RÉALITÉ – A MOYEN TERME

Il faut parfois un électrochoc pour faire changer les choses. Il est trop tôt pour dire comment les consommateurs réagiront après la crise sanitaire que l’ensemble de la planète traverse quasi simultanément. Il y aura probablement un rebound effect  immédiat. Chacun voudra retrouver ses habitudes perdues. On peux s’imaginer des perceptions différentes influencées par la gestion gouvernementale de la crise à l’échelle nationale. Mais à moyen terme, cette épreuve aura indéniablement mis en évidence la nécessité de changer nos comportements. 

D’un point de vue économique, il est cependant à craindre que les investissements autour des thématiques environnementales soient ralentis et que les initiatives du secteur privé autour de ce sujet soient reclassées « non-prioritaires ». 

Mais une chose est sûre, le monde n’a jamais été aussi conscient de la nécessité d’agir. 

Pour que moins devienne plus. 

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